FORAGE


Chaque création de FORAGE se construit sur le modèle d'une dramaturgie singulière. J'appréhende les textes que je mets en scène comme des mondes autonomes, dégagés de la tutelle de leurs auteur(e)s. C'est ce premier mouvement d'approche qui fonde mes spectacles.

Le travail sur l'auteur(e) ne commence qu'après quelques lectures à haute voix – hors contexte et sans référence, à l'aveugle – lectures au cours desquelles je demande à chaque personne qui participe à la création de mettre des mots sur ce qu'il voit ou ce qu'il entend dans sa manière de"voyager" le texte. Ce premier travail permet de mettre l'intuition des acteurs et de l'équipe artistique au centre du processus de création. Car l'interprétation - dans tous les sens du terme – tient avant tout aux mouvements de l'écriture en chacun et je trouve important que les artistes, en créant d'emblée un lien singulier avec un texte sans indication préalable de ma part, puissent rendre immédiatement sensibles leurs premières traversées du texte. Ce que chaque interprète convoque alors, de manière souvent spontanée - ce qui apparaît chez lui quand ses intuitions sont justes -lui permet ensuite de continuer d'enrichir ce lien presque filial à l'auteur(e). Pour un interprète, il est presque toujours question de ça. Une langue, à première vue étrangère, va se déposer et prendre forme en lui. Pour qu'il amène le spectateur à voyager, il lui faudra créer en amont les conditions d'un épopée de l’intime.

Un texte interroge toujours sur des origines qui lui sont propres, au-delà du temps de son écriture. Les grands textes ont cette capacité d'absorber et de faire leur toutes les interprétations que l'on peut en faire, pour peu qu'on prête corps et vie aux mouvements de leur pensée. J'ai la naïveté de croire que c'est le texte lui-même qui cherche à comprendre de quel corps sensible il est parlé. Que c'est lui qui vient à la rencontre de l’interprète et non l'inverse. Commet il doit être joué est une question bien encombrante, mais d'où il parle, une question plus essentielle au travail. Aussi, les perceptions toutes subjectives de chacun - lorsqu'elles créent d'emblée du sens et du sensible pour le spectacle à venir - gagnent à être nourries et protégées. Que l'acteur soit présent par la parole ou dans ses silences, seul ou à plusieurs sur une scène,il faut chercher avec lui le gisement, l'endroit d'où la matière prendra vie au contact du texte.

Mettre à jour et donner forme. Opérer un forage...

Vient ensuite un travail de dramaturgie qui passe par un approfondissement de l’œuvre de l'auteur(e), une mise en perspective de son regard sur le monde. Et aussi du nôtre, par extension. C'est cette deuxième phase du travail qui vient alimenter - infirmer, infléchir ou étayer - ce qui, dès les premières interprétations commençait à voir le jour. Chaque texte finit ainsi par générer une esthétique et des écritures de plateau qui lui sont propres,entre instinct et connaissance : un type de jeu, de rythmes, d'images, de couleurs, de sons, de lumières et de rapports à l'espace qui n'appartiennent qu'à lui.


Olivier Werner



Forage est une structure de production, de création et de diffusion de spectacles vivants.

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